Tang Ni Bu, l’exploration dans la marche.

Marcher, tout le monde le fait. Ce n’est pas extraordinaire, ce n’est pas quelque chose qu’on irait discuter.
Pourtant, parfois , on a laissé derrière soi l’idée que le fait de marcher n’est pas absolument inné, qu’il est le fruit de la mimétique de l’enfant, le fruit de sa volonté de vivre et de suivre la vie, la famille , le monde qu’il côtoie. La Liberté humaine demande sa responsabilité et il faut former « sa marche ». La marche est donc toujours conditionnée à un lieu, un climat, un terrain.
J’aime souvent remarquer dans mon entourage les différentes familles de marche, de style de marches, qu’elles soient compensatoires (c’est a dire issues d’un trouble interne, même minime) ou naturelle (issue de la lignée comme de l’expérience, souvent les deux. J’aime parfois retracer dans la démarche de chacun les souvenirs, les héritages, le passé. J’aime retracer dans ma marche propre les évolutions, comme les inflexions de vie, les écueils, les douleurs, les souvenirs, les désirs & les intentions.

Silly Walks by Monthy Python
C’est à peu près comme ça que je me suis ressenti au départ de la pratique 🙂


Dans la marche, on peut entrevoir le passé, remarquer le présent, estimer l’avenir: la marche est un flux , l’expression corporelle du mouvement , de l’intention et de la structure. La course, plus yang, cache parfois dans son inertie qu’elle emprunte à l’environnement des aspects que la marche révèle plus fidèlement. Et oui… la course est aussi une jolie vitrine. La marche est une amie fidèle ,oui et un témoin doux amer de nos vies: en cela, je la respecte énormément et je l’accueille, parfois bien mieux que les paroles.
C’est ainsi que j’ai été de suite très curieux quand j’ai découvert un « art de la marche » tel que le Baguazhang . Un art du mouvement qui concentre son attention sur le fait de marcher, qui en fait un axe de pratique pour la santé comme pour le combat.

Premiers pas: le début d’un Art

Tang Ni Bu 趟泥步 , « la marche dans la boue »: c’est une marche spécifique du Bagua Neigong qui met l’accent dans ma pratique sur les parts profondes de mon mouvement et des structures.
C’est une progression lente actuellement, qui réforme globalement, qui touche aux lieux discrets du corps -le cœur du mouvement – .
L’exercice m’emmène à utiliser toute la surface plantaire, à réformer la marche par un retour au centre de la voûte. A assouplir et révéler les nombreuses variations qui peuvent se trouver dans les profondeurs. Dans une progression de glissement et de pose qui semble mimer une progression sur un sol meuble et peu stable. C’est activer par notre connexion à la Terre les divers diaphragmes, du bas vers le haut. C’est laisser le Qi du Rein via Yong Quan, trouver dans la terre ses connections et ses ressources. Ce n’est pas une mince affaire, personnellement, mais son étude est passionnante car en peu de mouvements, de nombreux aspects de soi sont révélés.

Régulation des diaphragmes

L’exercice par Tang Ni Bu soutient un retour au centre de la posture et de la marche, car elle consiste à faire évoluer la coupole plantaire sur le sol et dans l’espace par un mouvement subtil de pulsation, où le sens de la marche, comme la charge & décharge du poids du corps s’ajuste dans la détente et la circulation. C’est une réelle respiration depuis le bas du corps vers le haut, où la coupole plantaire répond progressivement aux autres « coupoles » du corps: c’est à dire , traditionnellement, aux autres diaphragmes présents dans le corps, zones de respiration, zones de rythme, flux et reflux de tous les fluides.
On citera donc principalement le plancher pelvien en premier lieu, connecté à la plante des pieds et à la transition du genou anatomiquement par un réseau de liaisons musculaires fines comme larges. Le diaphragme à proprement dit, séparant le haut du corps du milieu du corps, l’expression du yang de la zone de transformation, très grand lieu d’échange, le dôme pleural ensuite porte d’entrée de la gorge et de la tête, « fenêtre donnant sur le ciel », mais aussi les ventricules cérébraux et tous le système de circulation des liquides et membranes cérébrales qui forment au sein de l’encéphale, de jolies coupoles, jolies zones de compression et décompression.

Tout une coordination de vecteurs et de mouvement pour une seule forme

La transition entre les deux pas durant la marche sollicite le plancher pelvien et la cohérence des hanches, il sollicite la compression, et l’étirement des kua, les plis inguinaux. La mécanique de glissement du pas et le posé souple et léger, induit une proprioception de plus en plus fine de l’établissement du poids dans les hanches.
Evidemment, ce n’est qu’une part des vertus de l’exercice.

Tout ce jeu d’architecture confère à l’harmonie: je marche et dans la cercle qui m’est proposé, se déploient les divers mouvements, climats et phénomènes qui me font et me défont. A force de parcourir ce cercle, je constate les évolutions du corps: le sang circule, ce qui semblait une tension devient une légèreté, ce qui semblait un bloc dur devient une chaîne souple et chaude, un lieu de vie qui revient . Au début, c’était difficile d’accepter de me relâcher, je parcourais alors le cercle avec une démarche à laquelle on a ôté toutes ses compensations: je me retrouve boiteux, contraint, fragile…
Je n’oublie alors pas les paroles des anciens.

Ce qui est incomplet devient entier.

Ce qui est courbé devient droit.

Ce qui est creux devient plein.

Ce qui est usé devient neuf.

Dao De Jing – Chapitre 22

La détente régénère et la fragilité aussi. La régularité de la pratique m’emmène à remonter à la source de ma fragilité et de ma force. Et je peux alors avancer.
Je suis, car je suis incomplet: c’est peut être l’un des enseignements des arts internes les plus libérateurs pour un être blessé. Avancer, marcher: peut être l’essence même du changement, de la transformation des phénomènes pour un ailleurs. Cela revient à se découvrir et se compléter.

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